On aime la Réunion, on aime ses paysages, ses habitants, mais l’arrivée à l’aéroport déçoit, et pour cause : les voyageurs sont obligés de marcher, marcher pour trouver le bus (qui n’a plus le droit de stationner à proximité, zone réservée à la caste des taxis !) , marcher aussi pour rejoindre l’agence de location de voitures (les anciens bureaux sont fermés) … et tout ça sous une chaleur torride, en montée…
Imaginent-ils un seul instant tous ces « penseurs et architectes… » ou plutôt ces décideurs, qu’après 11 heures de vol et même plus parfois on peut être fatigué. Et imposer cette balade « de santé » aux voyageurs, est regrettable pour une île qui sait d’habitude si bien accueillir.
Au fil du temps on a vu les transports en commun, je parle là des bus, quitter la place assignée à proximité de l’arrivée, mais les privilégiés, (j’en reviens aux taxis, on n’est pas dupes ) ont su garder leur place. Où est la logique ? Favoriser ce genre de transport est une aberration à cette époque où on se soucie du réchauffement climatique !
On n’a pas le droit d’être d’un milieu modeste, ou jeune (je pense à ceux qui préfèrent le bus pour son coût) ni âgé (je pense à ceux qui ont moins de force et doivent trimballer leurs valises dans cette chaleur humide… les bureaux d’étude n’ont même pas pensé placer des bancs sur cette allée…
Il suffit d’avoir de l’argent pour prendre le taxi et ce chemin vous est épargné… Et ajoutons à cela que le nombre de bus reliant le sud de l’île depuis l’aéroport diminuent comme peau de chagrin !
Surprise de taille : en un an l'aéroport a fait peau neuve ! Quand l'avion arrive, on a l'impression déjà que le chemin parcouru depuis la piste est plus long.
La passerelle est un four. Toutes les baies vitrées sont chauffées... et on emprunte un couloir bien long, toujours vitré, interminable, qui vous mène à la nouvelle salle de retrait des valises. Des bancs et une clim sur ce parcours seraient les bienvenus.
Disparu le seul tapis modeste où on attendait ses bagages, ce sont désormais 3 ou 4 tapis qui desservent les visiteurs. La salle est immense et occupe l'aile gauche de l'aéroport (vu de devant) ce n'est pas pour autant que les bagages arrivent plus vite...
L'intimité fait défaut. Autrefois, on se sentait happé par l'île dès l'entrée dans cette salle, grâce aux belles illustrations, et aux mots de bienvenue. Aujourd'hui, on est dans une verrière. comme dans les grands aéroports déshumanisés... On est loin de Gillot dans les année 2000...
Un fond musical discret et bien local pourrait accompagner les visiteurs ...
Positivons : de belles plantations couvrent les talus bordant cette salle. Et des bancs sont prévus pour l'attente.
Quand il est rouge orangé c’est qu’il est à maturité et on l’emploie surtout en rougail, ou pour remplacer la tomate dans les plats cuisinés et on en fait pour en faire des confitures, des sorbets...
La tante de mon père, Victoire Lablancheur, était une Cafrine bien introduite dans le milieu mondain. Elle avait des entrées un peu partout et connaissait des gens importants. Elle avait hérité du terrain où nous vivions. Elle préparait une marmite, prélevait pour elle et nous donnait souvent le reste du contenu. Nous avions beaucoup de bouches à nourrir, notre grand-mère (la maman de maman) vivait aussi avec nous. . Nous mangions le riz de la veille. « Mémain » c’est ainsi qu’on appelait la tante, apportait sa marmite et tous se régalaient.
On ne mangeait pas de viande tous les jours. On nous envoyait parfois au marché couvert (celui qui est toujours en centre ville et abrite désormais de l’artisanat malgache). Là, on prenait « des petites viandes », viande de deuxième choix qu’on enlevait des grandes pièces, mais tout aussi bonne.
Axel, un oncle, travaillait à l’abattoir et nous rapportait parfois des morceaux de bœuf ou de cochon. Il fournissait plusieurs bouchers. Je me rappelle qu’il allait régulièrement au Port pour chercher de la viande de bœuf en camionnette.
Un jour, il s’est fait arrêter par un gendarme et on lui a demandé son permis de conduire : il a répondu qu’il conduisait depuis des décennies. Et qu’il n’a jamais passé de permis…
Le marché où on pouvait acheter de la viande dans les années 60
C’est inconcevable en 2025, mais dans les années 60 les situations racontées ci-dessous étaient courantes en métropole et à la Réunion.
L’enfant se trouvait responsabilisé très vite, il devait s’occuper des siens pour prêter main forte à la famille. Parfois pour s’occuper de la fratrie (récit de Marie – Ange), parfois pour s’occuper des parents (récit de Dauphin)
L’éducation incluait les valeurs chrétiennes de charité … mais il est vrai que ça arrangeait bien les adultes, et rendait les « marmailles » fiers de participer. Cela devait aussi peser aux marmailles car cette occupation limitait leur temps de jeu.
« Comme j’étais la plus grande, je devais m’occuper de la fratrie…Très jeune, on m’a confié la tâche de m’occuper de mes frères et sœurs, comme j’étais l’aînée. Maman s’occupait des repas, mais moi je devais faire la lessive, laver les enfants, les habiller… À l’âge de 14-15 ans j’avais déjà l’habitude de m’occuper de bébés. » (M. Ange)
« En 1952, ma grand-mère J. était assise sur un petit banc dans sa petite cuisine près du feu et nous préparait du café quand elle a fait un AVC. Elle était seule, j’ai réagi immédiatement et ai appelé les secours. Mais elle est restée paralysée. Pendant que ma mère partait travailler, j’avais sa garde et celle de mes petits frères. Je n’avais que 6 ans ! Je faisais à manger, je nettoyais la cour… » (Dauphin)
7 décennies plus tard Marie Ange s’occupe toujours des siens, moins de la fratrie, mais cette fois-ci davantage des enfants, petits-enfants et arrière-petits enfants. Son plaisir est de cuisiner pour eux…et Dauphin est devenu infirmier libéral avant de prendre sa retraite.
Des vies consacrées aux autres… mais aussi à la musique et aux amis !
Dauphin, né en 1947 à la Ravine du Pont, écart de Petite Ile, évoque les activités des enfants dans les années 50.
Les ravines
"Nos corvées étaient assez pénibles : elles consistaient à aller chercher du bois dans les hauts, des herbes à la Ravine.
Chouchoux dans la Ravine de Manapany
Aujourd’hui on déconseille aux enfants de s’aventurer dans les ravines, mais nous, on nous y autorisait, et nous étions très vigilants près des cascades et des bassins.
J’ai appris de bonne heure à faire la cuisine au bois. Les plats étaient simples : maïs moulu, grains (pois, haricots), et des brèdes qu’on cueillait dans un petit jardin que je cultivais moi-même. : chou de chine, chouchou, paille à terre, brèdes bleues…
Quand on rentrait de l’école, on était affamés. Si les fruits cueillis sur la route ne nous suffisaient pas, on vidait la marmite de grains qui nous était réservée pour le soir. Et là… une raclée nous attendait."
Nous n’avions pas l’eau courante. Il fallait traverser toute la cour pour chercher au robinet situé au bord de la route, l’eau destinée aux repas, à la toilette, à la lessive…
On se baignait dans des bassines. Plus tard, papa nous a installé un tuyau à l’extérieur et on prenait ainsi une douche.
Nous avions de la chance par rapport à nos familles habitant dans les écarts. Les enfants allaient chercher de l’eau avec des « fers blancs » qu’ils posaient sur la tête. Ils mettaient d’abord une galette de vacao sur leur crâne et portaient ainsi le précieux liquide.
Moi je les accompagnais mais ne rapportais qu’un fer blanc que je tenais à la main. On ne se plaignait pas. C’était comme ça, et on était heureux !
Très jeune, on m’a confié la tâche de s’occuper de mes frères et sœurs, comme j’étais l’aînée. Maman s’occupait des repas, mais moi je devais faire la lessive, laver les enfants, les habiller…
Ce que je trouvais très pénible c’était cette corvée d’eau : pour « charroyer « l’eau, on devait se rendre au bout de la cour dans la rue où se trouvait un robinet. On remplissait les arrosoirs, on redescendait et versait le contenu dans de grands bacs situés dans la cour.
Photo extraite du livret « la Vie Lontan » réalisé par Pêcheurs Golet