Jannick, animateur du "petit musée lontan" voit mon incompréhension devant une boîte remplie de terre flanquant une montre où les secondes défilent.
Il m’explique qu’il s’agit là du premier chronomètre de l’île ! Quand le papa missionnait son enfant pour faire une course, il lui donnait un laps de temps.
Et pour mesurer ce temps, il crachait par terre et disait à son rejeton : « « Tu devras être de retour avant que le crachat ait séché ! » cela évitait au gamin de se disperser et d’oublier le temps donné par le paternel !
Nous n’avions pas l’eau courante. Il fallait traverser toute la cour pour chercher au robinet situé au bord de la route, l’eau destinée aux repas, à la toilette, à la lessive…
On se baignait dans des bassines. Plus tard, papa nous a installé un tuyau à l’extérieur et on prenait ainsi une douche.
Nous avions de la chance par rapport à nos familles habitant dans les écarts. Les enfants allaient chercher de l’eau avec des « fers blancs » qu’ils posaient sur la tête. Ils mettaient d’abord une galette de vacao sur leur crâne et portaient ainsi le précieux liquide.
Moi je les accompagnais mais ne rapportais qu’un fer blanc que je tenais à la main. On ne se plaignait pas. C’était comme ça, et on était heureux !
Très jeune, on m’a confié la tâche de s’occuper de mes frères et sœurs, comme j’étais l’aînée. Maman s’occupait des repas, mais moi je devais faire la lessive, laver les enfants, les habiller…
Ce que je trouvais très pénible c’était cette corvée d’eau : pour « charroyer « l’eau, on devait se rendre au bout de la cour dans la rue où se trouvait un robinet. On remplissait les arrosoirs, on redescendait et versait le contenu dans de grands bacs situés dans la cour.
Photo extraite du livret « la Vie Lontan » réalisé par Pêcheurs Golet
Cet « objet lontan » a été conservé par bon nombre de Réunionnais. On le trouve dans la quasi-totalité des sites qui exposent des objets lontan.
C’est le cas à Manapany -les Bains, au petit musée de Grand Bois, aux Calbanons de la Cafrine, au Vieux Domaine à la Ravine des Cabris, on le voyait aussi au musée du bon roi à Saint Philippe, musée qui hélas n’existe plus…
C’est une meule à main qui permet d’écraser le grain, et plus particulièrement le grain de maïs. Parfois le guide fait la démonstration et parle des moutures obtenues.
Chez les Réunionnais, quand on vous sert un café, c’est toujours le même rituel : on vous donne une toute petite tasse !
Ils sont de plus en plus rares, ceux qui font leur propre café. C’est un gros travail de cueillir les grains, de les trier, de les torréfier… L’odeur du café torréfié, venant des cases, a toujours quelque chose de magique !
La plupart du temps aucune de ces tasses ne se ressemble. Ces tasses traditionnelles sont joliment décorées. On a toujours plaisir à déguster un café maison dans ces petits contenants.
Certaines deviennent des pièces de musée. (cf Musée de Grand Bois)
Des livres et cahiers sont une madeleine de Proust pour de nombreux Créoles venus visiter le petit Musée de Grands Bois situé au pied de la cheminée de l’ancienne usine.
Tous n’ont pas eu la chance de faire de grandes études. Une fois adolescents, ils avaient l’obligation d’aider leurs parents pour faire bouillir la marmite.
Mais le passage à l’école primaire n’était pas une option et la plupart des enfants quittaient les bancs de l’école très tôt ; les filles évidemment n’avaient guère de perspectives si ce n’étaient celles de se marier et de fonder une famille.
Nicole et Jean Paul Abriel qui ont collectionné durant de longues années des objets du patrimoine local les ont exposés dans cet endroit où peuvent revivre ces témoins du passé : au milieu de centaines d’objets hétéroclites racontant la vie des habitants de la Réunion, on repère un banc d’école, des ardoises, des cahiers, des livres de grammaire, de dictées…
…et une étagère de BD (Akim, Blek le Roc…) qu’on pouvait consulter dans les bibliothèques ou acheter si on avait de quoi les payer.
Pour aller au travail, aux champs par exemple, on emportait son carri ! Ce récipient a trois étages pour une raison bien précise. On l'appelle ici "garde-manger"
Un étage est réservé au riz, le second aux grains, le troisième au carri ! Ainsi les ingrédients ne se mélangent pas.
Si les anciens étaient en fer blanc, les plus récents sont en inox…
En évoquant cette découverte, j’ai eu un éclairage supplémentaire d’une amie qui a travaillé en Nouvelle Calédonie.
Il existait sur cette île « un service de gamelles », service effectué par des particuliers, des traiteurs, qui préparent les repas pour la semaine et le client va la chercher pour l’emporter au travail, mange son contenu, rapporte "la gamelle" et plus tard reprend la suivante… Et là chaque étage de ce contenant est réservé à l’entrée, au plat principal et au dessert…
On appelait d’ailleurs ce récipient fabriqué par les Chinois « la gamelle ». Ce sont aussi vraisemblablement les Chinois qui ont introduit cette "gamelle" à la Réunion. Plus écologique que les barquettes en plastique qui inondent l'île, c'est sûr !
Sur l’ancien site de l’usine sucrière de Grands Bois, derrière la cheminée restaurée se cache une salle ouverte au public du lundi au vendredi !
Jeannick Baïry vous accueille à l’entrée et vous emmène faire un bond dans le passé de l’île.
Ici des objets hétéroclites du quotidien sont exposés, objets collectionnés par Jean Paul Abriel, mais aussi de nombreux objets que les visiteurs offrent à ce lieu.
On y trouve d’anciennes BD, pochettes de disques, ustensiles de cuisine, instruments de musique, machines à coudre, pupitres d’écolier, tonneaux, anciens livres de classe, lampes, vêtements d’autrefois, tapis mendiant, des torches, un petit salon de coiffure, des photos, des proverbes, des appareils photo, vélos … un bric à brac incroyable !
Et chaque objet a son histoire ! Et notre guide a plaisir à vous conter des anecdotes, vous préciser l’utilisation de chaque objet…
Pour fuir les grandes chaleurs ou la pluie, le petit musée est un abri de choix, climatisé, et on en ressort plus riche qu’avant !
Un jour que j’ai rendu visite à M. Petit, la connaissance d’une amie, celui-ci m’a montré une collection d’objets incroyables, bien conservés. Leur propriétaire ne se lassait pas de raconter l’histoire de chacun d’eux, comme le faisait autrefois le collectionneur du Musée du Bon Roi Saint Louis à St Philippe (musée qui hélas n'existe plus !).
Parmi tous ces objets, une belle pince métallique a attiré mon attention. Il m’explique qu’il s’agit là d’une « pince à sel ».
Il faut savoir qu’autrefois on achetait des pains de sel, des gros cônes et il fallait avoir chez soi des instruments robustes pour casser ces pains (hachettes, marteaux, pinces à découper, râpes…) Il en allait aussi ainsi pour le sucre qui était vendu en bloc. Il fallait taper, cisailler, écraser pour réduire cette masse et pouvoir la consommer.
Photo extraite de « C’était hier » volume 3 de Vaxelaire p.160
Finalement, cette pince pouvait peut- être aussi être une pince à sucre…
Avant que le riz ne soit le féculent le plus utilisé sur l’île, les Réunionnais cultivaient le manioc et le maïs. De nombreux champs étaient plantés de manioc dès les années 1730.
Le sieur de la Bourdonnais aurait fait cultiver, non sans mal, le manioc rapporté du Brésil dans les deux îles (Madagascar et Réunion) afin de prévenir les disettes si fréquentes… « Il fallut même des ordonnances pour assujettir l’habitant à planter 500 pieds par tête d’esclavage. »
Pour en savoir davantage sur l’introduction du manioc à la Réunion,
Une fois le tubercule de manioc récolté, il fallait le râper… Et pour ce faire, les habitants confectionnaient eux-mêmes l’accessoire avec du bois et du métal qu’ils trouaient…ou l’achetaient plus tard dans la « boutik chinois ». On trouve de ces râpes dans différents musées de l’île, notamment dans celui de Grand Bois.