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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 09:04

Quand on sait que 90% des enfants de la Réunion s’expriment en créole dans leurs familles, c’est dire le caractère vivant de cette langue.  Mais le créole n’est pas une langue fixée à l’écrit et vouloir la fixer relève du défi.

Tout simplement parce qu’il n’existe pas un seul créole. Un collègue tamponnais me confiait que son créole n’était pas celui de son fils, encore moins de son petit –fils (car chaque génération y ajoute ses mots ou en enlève) et il m’assurait que le créole du Tampon, n’était pas celui de St Pierre, encore moins celui de St Philippe ou de St André. Tous les créoles se comprennent mais il existe de nombreuses différences dans leur langage. Vouloir uniformiser la langue est irrationnel et même relève de l’autoritarisme. Comme je l’ai expliqué à Daniel Waro, poète, chansonnier, rencontré à l’Entre-Deux, et qui aimerait qu’on le considère comme un linguiste, on ne peut créer une méthode de créole sans léser certains parlers. Ainsi en Lorraine, dans la région où je suis née chaque village avait un parler francique différent et ne garder que les traces du parler d’un village pour l’ériger en vérité, c’était trahir les autres.

créole 2De toute façon pour comprendre les transcriptions du créole, comme celles de l’alsacien ou du lorrain francique, il faut lire le texte à voix haute. Alors pourquoi ne pas laisser le soin à chaque village de créer une banque sonore : suffit de mobiliser les jeunes et de les envoyer avec des enregistreurs sur le terrain, et à partir de là, chaque parler peut être reconnu et ne pas tomber dans l’oubli. Et là, les linguistes auraient de la matière pour écrire une multitude de petits ouvrages sur chaque spécificité locale.

 

 

Vouloir enseigner le créole à l’école primaire, c’est une bonne idée, à condition de selang kréol 2 contenter de l’oral les trois premières années, par le biais des contes, des jeux, des chansons. Pourquoi ? Si on veut fixer l’écrit créole, on va droit dans le mur. Parce qu’il y a  une variété incroyable de graphies pour le même mot. Quand on voit la transcription de Daniel Waro et celle d’autres Réunionnais, on voit bien qu’il n’y a pas d’harmonie.

Et l’écriture est déroutante. L’enfant doit avoir des repères et le laisser écrire n’importe comment, c’est ne pas lui rendre service : déjà sur les légendes des dessins, on voit bien que l’un écrit « in » pour l’article indéfini « un » et l’autre écrit « inn ». On croit progresser et donner des chances à l’enfant alors qu’on installe de la confusion dans la tête des petits.

créole

Comment lirait-on « dann » ? (je prononcerais «ann, or le créole nasalise le « a » et ajoute le n, comme les Marseillais) C’est la prononciation qui avait cours au Moyen-Age en France. Il faudrait ajouter un tilde sur le a (ãn). Pourquoi ne pas choisir tout simplement l’écriture phonétique officielle qui figure dans tous les dictionnaires ? et ce à partir du CM2 seulement pour éviter les confusions avec la langue française ? Si là-dessus on rajoute le langage texto, bonjour les chances de réussite aux examens, qui jusqu’à présent, sont bien en langue française.

 

créole 5

Quelques questions :

1) L'écriture phonétique  ici a été adoptée pour le "j", ce qui n'empêche qu'on prononce "z", pourquoi ?

2) l'article indéfini n'a pas été nasalisé pourquoi ?

3) Pourquoi l'enfant a -t-il ajouté le M de "Manmzèl" ? A-t-il eu des doutes ?

4) Pourquoi l'enfant a-t-il écrit "y apel Julie" et non "i apel Julie" ? alors que dans les proverbes ci-dessous, le pronom s'écrit 'i" ?

 5) Sous l'image de la "torti bon dië" pourquoi les trémas dans "moin la vü un torti bon dié" ? Et pourquoi orthographié "dië" dans le titre le mot devient -il "dié" dans la légende ?

créole 4

 Notre poète a essayé de me convaincre qu’il fallait écrire « ali » au lieu de « a li », « azot » au lieu d’ « a zot » en prétextant que le pronom remplaçait une personne. J’ai pu constater que dans ses convictions, il cherchait  l’originalité : ainsi, il écrit « nanmsin » au lieu de « lanmsin », ce que lui a fait remarquer Rose, une créole d’ici. On sait bien que le« gâteau ti-son » préparé à base de fécule de maïs, la majorité des Réunionnais l’appellent « lan-sim ». Il est vrai que la deuxième écriture possible est « namsin ». Et notre chansonnier a préféré garder « nanm » parce qu’on fait référence au fait de « manger, namn = manger ».

lang kréol (3)

Chers amis lorrains, du Bassin Houiller, que diriez-vous si «  la Fidderdier »  (porte d’entrée) de Folkling se faisait détrôner par la « Fillerdier » d’Alsting ? Si les « Wuazle » (carottes) étaient jetées au rebut au profit des « Moatte » ou des « Gelleriwe » ? Si la « Tach » de Forbach (sac) devenait la « Toch » de Sarreguemines ?

J’admire ceux et celles qui se battent pour défendre une langue. Je pense que le créole a encore beaucoup de beaux jours devant lui, et que rien pour l’heure ne le menace, vu  le pourcentage important de jeunes qui le parlent.

Que les linguistes, dignes de ce nom, restent humbles, honnêtes et surtout respectent la diversité de tous les parlers créoles !

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 19:38

Ce dimanche, alors que nous étions à  l’Entre-Deux, Carlou nous a proposé spontanément de manger chez lui. Avec son 4X4, il nous a emmenés à Bras Long à son domicile, impasse des Pêchers. Mais au lieu de pêchers, seulement des cases créoles et des jardins. Notre hôte habite un quartier très calme, très vert, avec vue sur les remparts du Dimitile. Il a fait construire des gîtes (deux bungalows et une piscine) pour accueillir les visiteurs.

Case Carlou

Sur la table de sa varangue, nous avons appris à préparer les "brèdes chouchous". Pas évident quand on n’est pas créole. Rose et Robert, qui étaient là aussi, mais qui avaient l’avantage d’être nés au pays,  nous ont montré comment procéder pour choisir les parties tendres, comestibles ; il fallait prendre les feuilles et les tiges qui cassaient net (si elles ne cassaient pas, fallait jeter !) on tirait dessus pour enlever les fils.

Puis dans la cuisine, après les avoir lavés, Carlou a fait cuire ces légumes : dans une cocotte, il a jeté les brèdes, Rose a ajouté de l’ail, du gingembre, du sel, un peu d’eau et le tour était joué. Il fallait surveiller la cuisson pour qu’elles n’attachent pas.

Case Carlou fricassée de brèdes Case Carlou fricassée de brèdes 2

Case Carlou 2

Depuis la terrasse, on pouvait voir autour de sa pelouse -qui sert souvent de terrain de pétanque- un pistachier, un citronnier, des bananiers, des longanis… Roseline, la maîtresse de maison, adore les orchidées à voir la quantité de bacs qui en contenaient.

Case Carlou Jardin

Nous avons bien mangé : riz, grains, poulet grillé, et fricassée de brèdes. Un repas improvisé dans une ambiance conviviale. Un accueil chaleureux !

Si vous connaissez des amis qui débarquent sur l’île et qui aimeraient faire un ti séjour sympa à l’Entre-Deux, chez un propriétaire avenant, une adresse à noter « LA CASE CARLOU ». J’ai promis à notre charmant hôte de lui faire de la publicité sur mon blog, alors voilà, c’est fait !

Lien avec le gîte :                                        

http://casecarlou.voila.net/page1/index.html

Case Carlou Bras Long

Après le repas, nous sommes rentrés à pied au Tampon. Nous avons rejoint le coeur de l'Entre-Deux par la rue principale du  quartier de Bras Long, une rue bordée de jolies cases créoles.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 14:28

 Roseline, responsable de la bibliothèque de L'Entre Deux, avait invité Ti Yab et Tit Cafrine  à cette journée de la langue créole. Et ces derniers nous avaient demandé de nous joindre à eux.

 lang kréolNous sommes arrivés sur la place de la manifestation vers 11 heures. Je pensais qu’il y aurait davantage de monde, mais c’était dans la bibliothèque que la plupart des gens étaient installés.

 J’ai d'abord échangé quelques mots avec un musicien qui était en train de monter une corde en nylon sur son bobre. Il s’agit d’un instrument composé d’un bois de goyavier, d’une calebasse et d’une corde. Je lui ai demandé si les aigus étaient en haut ou en bas, il m’a dit que ce n’était que la position de la calebasse qui donnait la sonorité. En éloignant ou en rapprochant la calebasse du corps, on change le son de l’instrument.

 

 

lang kréol (3)Cela m’a permis de bavarder avec Daniel Waro, militant inconditionnel de l’apprentissage de la langue créole à l’école, conversation qui à elle seule vaut un article !

 

 

 

 

Puis, je suis entrée dans la bibliothèque où une conteuse racontait en créole l’histoire du volcan en faisant participer les enfants.

lang kréol (2)

La salle était remplie d’auditeurs de tous âges qui buvaient les paroles de la conteuse : elle savait captiver l’auditoire par son langage imagé, sa douceur et son sujet. Il s’agissait de « in séans kont » comprénez « une séance de contes ». Anne Cheynet, une autre conteuse a pris le relais, mais je ne suis pas restée parce que je voulais voir les autres stands.

lang kréol 2 (2) lang kréol 2

Il y avait là aussi « in stand pou bann lédision kréol » (K’A, Epsilon edition, Tikouti, Surya edition) avec des ouvrages illustrés pour enfants, des B.D, des contes, des textes de Leconte de Lisle…. J’ai fait un petit tour au stand de promotion de la langue créole où on essayait de convaincre les visiteurs de l’importance d’étudier le créole à l’école. Ce stand concernait « linformasion pou ésplik sak i fé dann lékol èk lévolision la lang ».  J'ai pris note des arguments pour développer l’enseignement de la langue créole, sans être réellement convaincue par tous… De jolis dessins d'enfants légendés en créole ont retenu mon attention. Je ne m’y suis pas attardée, craignant d'engager une conversation stérile.

J’estime que cette complémentarité est importante, mais fixer une langue n’est pas une mince affaire et on voit bien que les enfants déjà en difficulté en orthographe en CE2 risquent d’être encore plus perturbés par l’écriture phonétique (pas harmonisée d’ailleurs, parce que chacun y va de sa graphie) et je suis bien placée pour savoir que les mots mal fixés dans l’enfance, on a du mal à les corriger, quelle que soit la langue qu'on enseigne ! Si en plus du langage SMS, on les fait écrire dès les premières années de primaire en créole (en autorisant 4 graphies pour le même mot), c’est l’illettrisme garanti ! Cela n’a rien de sécurisant et risque de porter préjudice aux enfants.

 

Le stand qui m’a vraiment séduite était sans conteste celui où il fallait reconnaître des plantes locales à partir de définitions en créole, d’observations de planches, et de graines. Dominique, une animatrice, très compétente, maîtrisait parfaitement son sujet et savait faire partager sa passion.

 

 lang kréol (5) lang kréol (4)

 

L’après-midi, nous sommes revenus sur la place où se tenait « in ronn kabar ». Au programme : Slam association Cœur de café, la mïzik ansanm A.Dijoux... Dans le kiosque à musique les groupes locaux jouaient et chantaient du maloya. Sur la place toujours peu de monde : des touristes écoutent puis passent, les plus jeunes préfèrent généralement sortir à la nuit tombée, ce qui explique peut-être cette désaffection.

 

 Une journée très instructive, avec des rencontres sympas de gens passionnés par leur langue et leur pays. Nous sommes contents d’avoir pu nous plonger ces quelques heures dans la culture et la langue créoles.

 

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 11:25

 En arrivant à L’Entre-Deux, depuis le sentier du Bras de la Plaine,  Ti Yab (encore lui !) attire mon benjoinattention sur un arbre pittoresque dans un jardin privé : un benjoin. Il me fait remarquer une blessure sur son tronc . Un morceau d’écorce avait été prélevé, vraisemblablement, me précise-t-il pour l’ajouter au rhum arrangé. Le benjoin est très utilisé dans la pharmacopée traditionnelle.

On reconnaît scientifiquement trois propriétés à cet arbre : diurétique, antibactérienne, traitement de l'hypertension artérielle.

On l'utilisait traditionnellement pour la sudation pour lutter contre les maladies dues au refroidissement ( bronchites, toux...), on peut faire infuser des feuilles de benjoin, les associer à la cannelle, au vetiver et à la verveine citronnelle. Dans l'ouvrage "Des Plantes et des hommes" de Pasqual Porcel (pages 222-223), on cite son efficacité contre les problèmes urinaires, contre l'hypertension artérielle, contre les maux de gorge (on conseille des gargarismes avec infusion de feuilles), contre la pleurésie , les diarrhées, les dysenteries, les dermatites...

benjoin 2Plus loin, sur notre gauche, un autre benjoin, d’une taille impressionnante. Quelle couronne splendide ! L'ombre de cet arbre planté le long des routes plaît aux piétons.

Avant la construction de la route de St Louis à La Rivière St Louis, des benjoins centenaires  bordaient la chaussée, mais pour l’élargir, il fallait sacrifier ces arbres.

La version que m’en a donnée Ti Yab est que les arbres étaient de toute façon condamnés car déjà très affaiblis, à cause, justement, des prélèvements d’écorce faits par les habitants des lieux.

Depuis quelque temps de jeunes benjoins ont remplacé les anciens sur cette même route. Tant mieux ! Et L'ONF en replante un peu partout. C'est d'ailleurs un excellent bois de construction, de charronnage, de menuiserie et d'ébénisterie.

Un message à faire passer absolument  : pour ne pas abîmer l'arbre, il faut préferer les feuilles et les tiges à l'écorce !

Son nom entre dans la toponymie de nombreux endroits de l'île, comme le Bras de Benjoin dans le Cirque de Cilaos, la Pente Benjoin aux Avirons...
Les semis de benjoin prennent bien . On peut en faire une plante d'appartement les deux premières années, puis le mettre au jardin, le tailler, lui donner une forme tabulaire. Le benjoin peut atteindre une hauteur de 20 à 30 mètres.

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 19:30

Rien à voir avec des gambettes élancées… D’ailleurs, on prononce « jamblon » et non « jambes longues »

Ce dimanche, avec Ti Yab et Tit Cafrine, nous sommes partis à l’Entre-Deux à pied par le sentier du jamblon 1Bras de la Plaine. Nous venons de faire une centaine de mètres dans la descente que déjà Ti Yab s’arrête. Il a repéré des fruits mûrs dans un arbre : ça a l’air de petites olives noires. Ce sont en fait des fruits du « jamblong ». Les hommes se hissent sur la pointe des pieds pour atteindre les branches et cueillir quelques fruits. C’était un peu âcre, parce que peu mûr. Cette astringence disparaît avec la maturité.

Cet arbre peut atteindre 20 mètres de haut. Il a des feuilles brillantes, vert olive au dessus, pâle en dessous. Il paraît que la pulpe contient de l’anthocyanine qui bleuit la bouche. Le fruit se mange mûr, ou après trempage dans l’eau salée. Il paraît qu’en Inde on l’utilise dans la préparation du vin et du vinaigre.

jamblon 2 jamblon 3

Son nom latin est « syzygium cumini » et il appartient à la famille des Myrtaceae. A La Réunion, on l’appelle aussi  «  tété négresse » ; son nom anglais est « jambolan ».

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 22:51

Nous laissons la village de Vatoroka derrière nous et grimpons vers l'école, puis continuons sur le sentier. De la terre ocre affleure çà et là au milieu de touffes argentées. Un homme est en train de piocher dans le champ de manioc.

 

de Vaturuk à la petite crique 2

Nous croisons un vieillard chétif chargé de bois, il revient des collines.

de Vaturuk à la petite crique

Rumbak avance d'un bon pas, suivi de François. Nous peinons à les rejoindre sous ce soleil.

 de Vaturuk à la petite crique 3 de Vaturuk à la petite crique 2a

Dans la montée, nous n'en finissons pas de nous retourner, subjugués par le panorama qui se déroule à nos pieds. Nous attendons d'être dans la zone rocheuse pour nous asseoir...

de Vaturuk à la petite crique 4a

 ...et apprécier plus longuement ce paysage magique.

de Vaturuk à la petite crique 4b

 

Puis nous poursuivons notre ascension avant de replonger vers notre but de promenade : la petite crique paradisiaque. Un oiseau de mer se repose sur le rocher affleurant au loin, des papillons nous escortent.

 

de Vaturuk à la petite crique 6a 

 

de Vaturuk à la petite crique 7 de Vaturuk à la petite crique 7

Nous sommes seuls dans ce décor de rêve et ne pouvons résister à l'envie de faire trempette. L'eau est limpide et bien chaude. Je m'étonne que notre ami Rumbak ne nous imite pas... Il paraît que les pêcheurs se baignent nus, et peut-être que s'il n'y avait pas eu de femme dans le groupe, il se serait autorisé à rejoindre François et Jean - Michel.Derrière cette plage, vers le nord,  monte un chemin : il doit conduire au village de Vitaper.

 

Une demi-heure plus tard, nous quittons ce havre de paix et notre baignoire pour rejoindre notre point de départ : Lokaro. C'est reparti pour une grimpette.

 

de Vaturuk à la petite crique 8

 Et derrière cette colline, encore un point de vue fantastique sur la baie de Lokaro sur le littoral sud-est  de Madagascar ( Fort-Dauphin se cache derrière la chaîne de montagnes), devant nous, à gauche l'île de Ste Claire, nommée ainsi parce que découverte par les Portugais le jour de la Sainte Claire.

 

de Vaturuk à la petite crique 9

 Nous verrons encore, depuis le sentier, un homme étaler des feuilles de ravenales sur une zone humide, vraisemblablement une zone de plantations qu'il faut protéger des rayons du soleil. Nous ne ferons pas d'autres rencontres sur notre parcours. La boucle est bouclée  !

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 18:10

Marie Claire nous a conseillé de faire une promenade intéressante vers une crique paradisiaque, située au Nord de Lokaro en passant par le village de Vaturuk. Voilà le récit de ce début de promenade.

De Lokaro à Vatoroka (Vaturuk)

Le village voisin de Lokaro se situe à une vingtaine de minutes de marche. Accompagnés de Rumbak, nous sommes partis vers 9h30 alors que le soleil était déjà haut dans le ciel mais habitués aux fortes chaleurs nous avions prévu chapeaux, bouteilles d’eau, crème solaire, anti-moustique…

 vers Vaturuk 0

C’est une petite expédition par le sentier étroit qui mène à Vatoroka, dans une succession de paysages variés. Parfois, il faut marcher dans des endroits humides.

vaturuk 1 vatururuk 3

Et voilà, mon bermuda est maculé de projections de boue. Pas agréable du tout ! Mais quelques mètres plus loin, on franchit une autre zone humide, où l’eau est plus profonde et j’en profite pour bien frotter le tissu, qui sèchera en un clin d’œil.

vaturuk 1a  vaturuk 2

Les ravenales sont là pour nous rappeler que l'eau est proche. Parfois nous marchons sur de la roche, parfois dans du sable.

vaturuk 4

 vaturuk 6

A notre gauche, le lac que nous longerons jusqu’à Vaturuk.

vaturuk 5

  De temps à autre nous apercevons des rizières.  

vaturuk 7

  Après un quart d’heure de marche, nos apercevons les cases du village en contrebas.

vaturuk 8

 vaturuk 9

   Le sentier est sablonneux. Parfois, près des maisons, on remarque des filets de pêcheurs. Que d’enfants ! En 2009, une vingtaine d’enfants ont vu le jour dans ce village.

vaturuk 9b

   Ce qui surprend est que c’est un jour de classe et que tous n’ont pas la chance d’assister aux cours, à moins que l’instituteur ne soit malade. Il paraît que beaucoup d’enfants de Vaturuk vont à l’ école de Lokaro, question de choix ! ils empruntent donc chaque matin et chaque soir le sentier par lequel nous sommes venus.

vaturuk 9a

  A Vaturuk, la population est bien plus importante qu’à Lokaro - environ 300 habitants (à vérifier) - , et davantage de gens cultivent la terre, élèvent des poules, des zébus… Le zébu était un hôte indésirable à Lokaro, parce qu’il mangeait les arbres fruitiers fraîchement plantés, il attirait les mouches… Peut-être que dans le village voisin, il a davantage d’espace !

Si certains Vatorokais partent pêcher le poisson, d’autres élèvent des crevettes. De nombreux endroits d’élevage sont visibles au bord du lac. Je regrette de ne pas m’être approchée davantage pour apprendre comment on procède…

vaturuk 9d

Sur la colline, une dame nous fait de grands signes depuis sa hutte, c’est une des « casseuses de pierres » qui a travaillé avec l’équipe à la construction de la Case – Santé. Rumbak s’éloigne quelques instants pour aller saluer des connaissances.

 

vaturuk 9c

 Le village est assez étendu. Ce qui frappe, c'est l'extrême dénuement des gens, on a l'impression que chaque jour est un combat pour trouver sa subsistance ; à plusieurs reprises, ils sont venus prêter main-forte à l'association AAHL ( transport de matériaux, taille des pierres...) pour gagner des ariarys. Chaque jour, la petite pêcheuse de crevette faisait la navette entre les deux villages, parfois elle avait un énorme poisson à proposer, et tout ça elle le portait ...

Question hygiène et santé, on ne peut que se révolter de voir dans quel état déplorable on peut laisser autant d'habitants...

 Nous quittons le village pour nous rendre à la crique. A notre gauche, un bâtiment en dur qui jure avec les constructions en falaf des habitants. Il n’a rien de pittoresque, mais semble solide : c’est l’école !

vaturuk 9e

 Nous poursuivons notre chemin et grimpons sur la colline (à suivre)

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 15:28

 

 

La commune de Saint Philippe est née en 1830. Et 67 années plus tard, le 14 janvier 1897, à 2 heures 30 du matin, très précisément, un navire était en détresse sur ses côtes. Il s’agit du vapeur Warren Hastings dont 1260 passagers sur 1262 furent sauvés, comme le rappelle la plaque commémorative de la petite marine. (Ce naufrage vous sera narré dans un prochain article.)

 

 

marine St Philippe plaque

 Avant-hier, quand j’ai découvert cette marine, la mer était houleuse. Le vent faisait pencher les filoas et les vacoas, et je n’ai pas osé m’aventurer sur la petite jetée, dissuadée par le déchaînement des vagues contre les roches noires et un décret communal d’octobre 2002 figurant sur un panneau mettant en garde contre le caractère imprévisible de la houle et qui conseille de ne « pas s’approcher du bord de mer ».

  

marine St Philippe côte sauvage

 

marine de St Philippe débarcadère

Dans cette marine, une bâtisse – qui a l’air récente- carrée, proprette, est cernée sur deux murs de barques de pêcheurs. Sur le mur de façade, a été joliment peint en noir et blanc, le vapeur qui avait fait naufrage voilà plus d’un siècle. Un vieux Réunionnais élégant (chapeau, pantalon,chemise) se promenait là, deux jeunes à vélo arrivaient, certainement pour voir l’état de la mer avant de jeter l’hameçon.

 marine St Philippe maison des pêcheurs                                                         La Maison des Pêcheurs

 

La route conduisant à cette marine est en sens unique, à cause de l’étroitesse de la voie. Nous avons continué une centaine de mètres entre les vacoas, en longeant l’océan.

 

Là, je savais que le sol était jonché de feuilles sèches de vacoa, mais l’ONF était passé par là et avait nettoyé – les feuilles sèches avaient été jetées dans des excavations de roches. J’en ai ramassé quelques-unes, les moins atteintes (non moisies) pour pouvoir les tresser chez moi. Puis nous sommes remontés sous le soleil et le vent vers le village.

De là, nous avons rejoint les hauteurs du Tampon, où la pluie avait sévi toute l’après-midi !

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 09:34

 de Maurice et de Rodrigues, voilà la concrétisation d’un travail de longue haleine, entrepris par notre ami  Edmond Grangaud. Edité en novembre 2010, l’ouvrage apparaît encore timidement sur les rayons de l’île. Edité par Biotope, dans la collection Parthénope, ce « Guide des Fougères et plantes alliées des Mascaraignes » est une encyclopédie de la fougère.

 Edmond, passionné de botanique, professeur ès Sciences de la Vie de la Terre est un homme de terrain : appareil photo en bandoulière, calepin et crayon en main, il a sillonné les sentiers de la Réunion, de Rodrigues et de Maurice pour collecter des informations sur les fougères, pour les observer, les photographier, mais aussi pour en prélever et les envoyer au Museum d’Histoire Naturelle avec lequel il travaille en étroite collaboration.

Edmond Grangaud 2Ce livre scientifique, premier ouvrage grand public sur ce sujet est organisé en trois parties. Dans la première, il explique le pourquoi de cette quête, donne la définition de la fougère, met l’accent sur la nécessité de conserver sa biodiversité... La deuxième partie (qui compte une cinquantaine de pages) est consacrée aux méthodes et clés de détermination des genres.

 Et la dernière partie, riche de 300 pages décrit les espèces. Pour réaliser les fiches des fougères, Edmond Grandgaud a adopté un plan en 4 parties : 1) Premier coup d’œil, 2) Que faut-il percevoir ?  3) Confusions possibles, 4) Répartition écologique et géographique : plusieurs photos, de très bonne qualité, accompagnent chaque fiche.

La trentaine de pages en annexe est également très intéressante : on y trouve par exemple le cycle de reproduction des fougères, la liste des noms vernaculaires, la liste de genres et espèces…

Un superbe travail, et l’auteur n’en reste pas là. Il m’a confié cette semaine qu’il comptait bientôt refaire une balade à Cilaos, pour continuer son observation des fougères. Son amour de la Nature, il le partage avec son épouse Marie – Françoise, qui l’accompagne dans toutes ses pérégrinations -  et ses trois enfants. Et il prend toujours plaisir à transmettre ses connaissances, notamment lors de sorties botaniques avec l’UPTS, qu’il anime bénévolement ! Bravo Edmond, continue comme ça !

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 19:18

Si en ville, dans certains quartiers, on peut trouver de l’eau courante, il n’en est pas de même dans les villages de brousse. Pour nous Européens, c’est une vraie remise en question de nos pratiques.

l'eau (2)

                                       Enfants le long de la piste menant à Lokaro

Ainsi, à Lokaro, pendant trois semaines, nous nous sommes contentés d’une douche froide mais nous pouvions nous estimer heureux d’avoir une douche dans nos cases, ce n’était pas le cas des habitants du village. Ce n’est pas tout à fait vrai, car une association a construit une douche collective, carrelée, pour les familles  d’ici. Pourtant, partager une douche où d’autres étaient auparavant n’est pas une pratique ancrée dans leurs habitudes. Il fait croire qu’ils se contentent des bains de mer.

Dans le village ont aussi été installés des points d’eau (avec robinet) et c’est là que tous l'eau (4)s’approvisionnent et parfois lavent leurs enfants. Parfois, les plus petits prennent leur bain dans une bassine.  Il faut dire qu’à Lokaro, ils ont la chance d’être alimentés par une citerne construite par l’association AAHL. Les noms des financeurs figurent sur la maçonnerie : Patrick, Tamine, Adnot.P, Alain, Eric W, Albert W, Chorale Villancico, Air Mad Nicolas, Mampihao DRDR, Murielle. Les noms des maçons également : Joseph, Christian, Marten, Norise.

 Parfois, la pompe a des ratés et nécessite des réparations. Gervais et Martin, gardiens des citernes,  veillent au grain. Convoités, ou jalousés, ces progrès techniques encouragent parfois le vol. Une  éolienne de pompage se serait déjà volatilisée. Cette année, le village n’a pas encore eu à souffrir de la sécheresse : les réserves étaient suffisantes, grâce aux pluies tombées fin décembre. Les deux puits étaient bien remplis.

l'eau l'eau 6

       la deuxième citerne  et ses gardiens                                                   le puits

eau 7

                                                                 le lavoir

Pour laver le linge, nous ferons comme les Malgaches,: on lave et on frotte, soit sl'eau (7)ur une roche, soit au lavoir.

Ce dernier a également été financé par l’association. Les femmes s’y rendent volontiers. Le plus souvent, elles sèchent le linge à même le sol, toutes n’ont pas de fil où le suspendre, encore une habitude qui les satisfait, alors pourquoi faire comme nous ? Le savon est aussi une denrée rare, parce que chère, alors on l’économise. 

 

l'eau (5) l'eau (3)

Lolo dans sa bassine, au fond, le linge sèche par terre                        une vahaza suspend son linge

Pour laver les légumes et les fruits que nous avions rapportés de Fort- Dauphin, nous utilisions du permanganate. Jamais, même dans les restaurants de la ville, nous n’avons mangé les crudités, craignant les problèmes gastriques. Comme nous étions avertis, nous nous brossions aussi les dents avec l’eau en bouteille, bien capsulée « L’Eau Vive ». Nous avions emporté des pastilles de « Micropur » pour purifier l’eau du lavabo, et jamais je ne rinçais la brosse à dent avec l’eau qui venait des citernes. Nous avions bien apporté des pastilles d’ eau de javel pour ces citernes, mais la garantie d’utiliser une eau propre n’était pas totale.

 L’un des nôtres qui a utilisé l’une ou l’autre fois l’eau du robinet pour laver sa brosse à dent, en a fait la triste expérience. De retour à la Réunion, il a dû suivre un traitement contre les amibes, prendre un antibiotique costaud (du Flagyl) et reconstituer sa flore intestinale…

Il avait perdu 5 kilos ! Pour ceux qui veulent maigrir, vous savez ce qui vous reste à faire…  Trêve de plaisanterie, on ne souhaite pas ces coliques à son pire ennemi !

Si certains voyages forment la jeunesse, d’autres font aussi maigrir !

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