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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 09:04

Quand on sait que 90% des enfants de la Réunion s’expriment en créole dans leurs familles, c’est dire le caractère vivant de cette langue.  Mais le créole n’est pas une langue fixée à l’écrit et vouloir la fixer relève du défi.

Tout simplement parce qu’il n’existe pas un seul créole. Un collègue tamponnais me confiait que son créole n’était pas celui de son fils, encore moins de son petit –fils (car chaque génération y ajoute ses mots ou en enlève) et il m’assurait que le créole du Tampon, n’était pas celui de St Pierre, encore moins celui de St Philippe ou de St André. Tous les créoles se comprennent mais il existe de nombreuses différences dans leur langage. Vouloir uniformiser la langue est irrationnel et même relève de l’autoritarisme. Comme je l’ai expliqué à Daniel Waro, poète, chansonnier, rencontré à l’Entre-Deux, et qui aimerait qu’on le considère comme un linguiste, on ne peut créer une méthode de créole sans léser certains parlers. Ainsi en Lorraine, dans la région où je suis née chaque village avait un parler francique différent et ne garder que les traces du parler d’un village pour l’ériger en vérité, c’était trahir les autres.

créole 2De toute façon pour comprendre les transcriptions du créole, comme celles de l’alsacien ou du lorrain francique, il faut lire le texte à voix haute. Alors pourquoi ne pas laisser le soin à chaque village de créer une banque sonore : suffit de mobiliser les jeunes et de les envoyer avec des enregistreurs sur le terrain, et à partir de là, chaque parler peut être reconnu et ne pas tomber dans l’oubli. Et là, les linguistes auraient de la matière pour écrire une multitude de petits ouvrages sur chaque spécificité locale.

 

 

Vouloir enseigner le créole à l’école primaire, c’est une bonne idée, à condition de selang kréol 2 contenter de l’oral les trois premières années, par le biais des contes, des jeux, des chansons. Pourquoi ? Si on veut fixer l’écrit créole, on va droit dans le mur. Parce qu’il y a  une variété incroyable de graphies pour le même mot. Quand on voit la transcription de Daniel Waro et celle d’autres Réunionnais, on voit bien qu’il n’y a pas d’harmonie.

Et l’écriture est déroutante. L’enfant doit avoir des repères et le laisser écrire n’importe comment, c’est ne pas lui rendre service : déjà sur les légendes des dessins, on voit bien que l’un écrit « in » pour l’article indéfini « un » et l’autre écrit « inn ». On croit progresser et donner des chances à l’enfant alors qu’on installe de la confusion dans la tête des petits.

créole

Comment lirait-on « dann » ? (je prononcerais «ann, or le créole nasalise le « a » et ajoute le n, comme les Marseillais) C’est la prononciation qui avait cours au Moyen-Age en France. Il faudrait ajouter un tilde sur le a (ãn). Pourquoi ne pas choisir tout simplement l’écriture phonétique officielle qui figure dans tous les dictionnaires ? et ce à partir du CM2 seulement pour éviter les confusions avec la langue française ? Si là-dessus on rajoute le langage texto, bonjour les chances de réussite aux examens, qui jusqu’à présent, sont bien en langue française.

 

créole 5

Quelques questions :

1) L'écriture phonétique  ici a été adoptée pour le "j", ce qui n'empêche qu'on prononce "z", pourquoi ?

2) l'article indéfini n'a pas été nasalisé pourquoi ?

3) Pourquoi l'enfant a -t-il ajouté le M de "Manmzèl" ? A-t-il eu des doutes ?

4) Pourquoi l'enfant a-t-il écrit "y apel Julie" et non "i apel Julie" ? alors que dans les proverbes ci-dessous, le pronom s'écrit 'i" ?

 5) Sous l'image de la "torti bon dië" pourquoi les trémas dans "moin la vü un torti bon dié" ? Et pourquoi orthographié "dië" dans le titre le mot devient -il "dié" dans la légende ?

créole 4

 Notre poète a essayé de me convaincre qu’il fallait écrire « ali » au lieu de « a li », « azot » au lieu d’ « a zot » en prétextant que le pronom remplaçait une personne. J’ai pu constater que dans ses convictions, il cherchait  l’originalité : ainsi, il écrit « nanmsin » au lieu de « lanmsin », ce que lui a fait remarquer Rose, une créole d’ici. On sait bien que le« gâteau ti-son » préparé à base de fécule de maïs, la majorité des Réunionnais l’appellent « lan-sim ». Il est vrai que la deuxième écriture possible est « namsin ». Et notre chansonnier a préféré garder « nanm » parce qu’on fait référence au fait de « manger, namn = manger ».

lang kréol (3)

Chers amis lorrains, du Bassin Houiller, que diriez-vous si «  la Fidderdier »  (porte d’entrée) de Folkling se faisait détrôner par la « Fillerdier » d’Alsting ? Si les « Wuazle » (carottes) étaient jetées au rebut au profit des « Moatte » ou des « Gelleriwe » ? Si la « Tach » de Forbach (sac) devenait la « Toch » de Sarreguemines ?

J’admire ceux et celles qui se battent pour défendre une langue. Je pense que le créole a encore beaucoup de beaux jours devant lui, et que rien pour l’heure ne le menace, vu  le pourcentage important de jeunes qui le parlent.

Que les linguistes, dignes de ce nom, restent humbles, honnêtes et surtout respectent la diversité de tous les parlers créoles !

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